La stratégie d'option à 3 %
Investissez 1 million de dollars dans cette stratégie. Consacrez-en seulement 10 000 à 30 000 à la négociation d'options sur indices. Le reste demeure en liquidités. C'est le résultat obtenu par Guasoni, Mayerhofer et Zhao (2026) lorsqu'ils laissent un algorithme sélectionner la meilleure combinaison d'options sur indices, mois après mois, pendant 25 ans (janvier 1996 – décembre 2020) : un petit pari derrière un énorme capital.
Chaque mois, l'algorithme effectue un calcul financier complexe. Il prévoit la volatilité du mois suivant à l'aide d'une régression logarithmique simple appliquée aux valeurs implicites et réalisées passées, construit une distribution empirique des rendements de l'indice et résout un problème d'optimisation quadratique. Afin d'éviter que l'optimiseur ne fasse exploser le compte avec un effet de levier infini, les auteurs imposent une « limite de position » (un plafond sur la norme euclidienne des pondérations). Ce plafond strict maintient l'exposition brute aux options à un niveau modéré de 1 % à 3 %, ce qui permet d'atteindre des ratios de Sharpe annualisés impressionnants, jusqu'à 1,94 pour le Nasdaq 100. Pour le S&P 500, cela se traduit par des ratios de Sharpe compris entre 0,84 et 1,46, ce qui double facilement le faible ratio de Sharpe de l'indice de marché (0,40) sur la même période.
Comment cela fonctionne-t-il ? Le système vend des options de vente hors de la monnaie, encaissant une prime pour couvrir le risque de krach, tout en prenant des positions mixtes sur les options d'achat : achat d'options d'achat très hors de la monnaie et vente d'options d'achat proches de la monnaie, afin d'orienter l'exposition du portefeuille. L'optimiseur fait pivoter l'exposition sulla superficie delle opzioni di vendita, en répartissant les pondérations entre les différents niveaux d'exercice en fonction de la volatilité, plutôt que de vendre systématiquement les mêmes prix d'exercice. En clair, ce portefeuille s'apparente à une stratégie de vente d'options de vente, les options d'achat servant à gérer l'exposition au marché et la forme des gains.
Guasoni et ses collègues ont-ils trouvé la stratégie miracle pour s'enrichir ? Pas vraiment. Leur stratégie repose entièrement sur une prévision de volatilité qui n'est autre qu'une régression logarithmique extrapolant la volatilité implicite et réalisée passée. Elle est incapable de prédire le prochain cygne noir, qu'il s'agisse du débouclage des opérations de portage du yen en août 2024 ou du choc tarifaire d'avril 2025. Plus précisément, l'article admet que le krach de mars 2020 a engendré des « pertes considérables ». La stratégie n'a survécu que grâce à la présence de 97 % des fonds en liquidités, et non grâce à la robustesse du modèle. Il convient d'ajouter une mise en garde que l'article lui-même omet de mentionner : le contrôle mensuel de la marge – calculé à l'aide du système théorique de marge intermarché (TIMS), testé en conditions extrêmes face à une grille de variations d'indices combinée à des chocs de volatilité implicite de ±75 % – ne constitue qu'un instantané pris lors de la constitution du portefeuille, et non une contrainte dynamique. En effet, les courtiers réajustent quotidiennement les exigences en fonction de l'évolution des niveaux d'indices, de la volatilité, de l'asymétrie et des conditions de compensation. Lorsque la marge initiale est impossible à atteindre, le modèle conserve des liquidités ; la performance affichée dépend donc des mois où les marges sont réalisables. Sans cette prévision de volatilité miraculeuse, le ratio de Sharpe chute de 1,20 à un faible 0,08, ce qui laisse penser qu'une grande partie de l'avantage apparent repose sur cette prévision.
En fin de compte, comme dirait Nicholas Taleb avec son sarcasme subtil, cet article démontre une vérité économique fondamentale : si vous placez 97 % de votre argent sur un compte bancaire, votre portefeuille résistera à presque tout. C'est une méthode brillante de gestion des risques, à condition que votre définition de « l'alpha » se résume à conserver votre million initial intact tout en achetant de temps en temps un billet de loterie.
References
Guasoni, P., Mayerhofer, E., Zhao, M. (2026)
Options portfolio selection with position limits — Journal of Empirical Finance, Vol. 89, 101770
Key takeaways
- Guasoni, Mayerhofer et Zhao (2026) affirment qu'une petite couverture d'options mensuelles — 97 à 99 % de liquidités — surpasse le S&P 500 après ajustement du risque : Sharpe jusqu'à 1,46, contre 0,40 pour l'indice lui-même.
- Selon les auteurs, c'est la vente d'options de vente hors de la monnaie qui constitue le véritable avantage ; les options d'achat servent uniquement à gérer l'exposition au marché, et non à générer des rendements.
- S'ils ont raison, le principal bémol concerne la méthode de mesure : le contrôle de marge est un instantané mensuel, et non le recalcul quotidien effectué par un véritable courtier ; de plus, qualifier une réserve de trésorerie de 97 % de gestion des risques relève de l'abus de langage.